Togo : Johannes BAVON, secrétaire général du FAR « UNIR vaut vraiment plus que ce cafouillage »

 

Togo : Johannes BAVON, secrétaire général du FAR « UNIR vaut plus que ce cafouillage »

Johannes Bavon, le Secrétaire général du Front des Architectes de la république est, dans l’entretien qu’il a accordé au journal Le Panafricain, revenu sur le recensement électoral lancé depuis peu. Loin d’être rassuré pour ce qui est du déroulement de ce dernier, il pointe un doigt accusateur vers le pouvoir en place. Son message est clair : il faut que l’Etat lâche du lest, qu’il laisse la CEDEAO vaquer à son travail d’Emissaire sous-régional, pour qu’on en vienne à un dénouement satisfaisant. Une bouteille lancée à la mer et dont il espère une réponse favorable car pour lui, « il y a une réponse à toute chose ».

Voici l’intégralité de l’entretien

 La Panafricain : Dites-nous les raisons de ce cafouillage qui s’observe autour du recensement électoral mis en branle par la CENI depuis le 1er octobre 2018

Johannes BAVON : En ce qui concerne le recensement, cafouillage d’abord, parce qu’il faut voir que, il y a certains lieux où le recensement a eu lieu et d’autre pas vraiment. Je pense que votre mot cafouillage a été bien choisi. Les raisons sont les suivantes, au niveau du FAR, nous pensons qu’il y a une confusion de compréhension à l’égard du rôle que  joue la CEDEAO. Et cette confusion vient du pouvoir en place. Il est en train de considérer la CEDEAO, comme cette organisation qu’on a connue, et qui venait superviser les élections organisées à notre façon. Mais les faits réels, la CEDEAO est en train d’occuper une fonction d’arbitre juridictionnel en privé.  En cela, elle est revêtue d’une autorité de juger les faits et les situations, et l’autorité d’apporter des décisions pour trancher le litige. D’où la CEDEAO disait depuis le commencement que c’était pour résoudre la crise. On est dans un contexte d’arbitrage. Les décisions de la CEDEAO des sentences arbitrales. Vous verrez que depuis le commencement, c’est la CEDEAO qui fixait la date des rencontres, les modalités, qui fixait tout jusqu’aux recommandations que nous appelions la feuille de route jusqu’alors. Vous allez constater qu’entre-temps, lorsque la feuille de route était sortie, la CENI qui a organisé à la va-vite avait donné un communiqué sur les dates et les activités à entreprendre, tandis que le plan ou le chronogramme était d’abord la recomposition de cette CENI avant les travaux proprement dits. On constate que dans les décisions de l’organisation, on a vu que lorsque  la CEDEAO a demandé la recomposition de la CENI en une CENI paritaire,  on a compris  immédiatement qu’une panique psychologique s’est saisie du pouvoir en place. Pourquoi, parce que le pouvoir  ne s’attendait pas à ce que  cette  CENI ayant déjà avancé les dates, la CEDEAO aurait le culot de revenir et recomposer cette  CENI. On pouvait alors lire dans les actions dans le comportement du pouvoir, une certaine panique, d’où la précipitation dans les actes unilatéraux et le pouvoir s’impose dans son plan pour assurer   la victoire à la fin des élections. Donc on ne voit pas un pouvoir qui veut réellement un arbitre dont le caractère sera impartial, ce qui est d’ailleurs la caractéristique essentielle d’un juge. Le pouvoir ne veut pas d’un arbitre impartial qui va conduire le jeu. On voit que le pouvoir veut être juge et parti au même moment. C’est ça qui pousse la première CENI  à avancer dans son programme  jusqu’à l’annonce  du recensement dans  ce cafouillage. UNIR  est en train de faire feu de tout bois pour arriver à la victoire  sans passer par la CEDEAO qui devrait diriger les choses . La conséquence est que quoi qu’on puisse dire, le Togo n’a jamais été un Etat voyou depuis le temps de feu Eyadema. Sur le plan international, le Togo a toujours fait l’effort d’être un bon enfant dans la géopolitique. Avec ces actes nous voyons maintenant que le Togo est en train de se mettre sur le chemin de la résistance à cette organisation communautaire à laquelle, elle-même fait partie et à laquelle, elle a fait appel pendant la crise. La CENI n’est pas en train d’attendre la CEDEAO. Elle agit à sa façon unilatéralement. Le moins qu’on puisse dire est que le parti UNIR vaut mieux que ce que nous sommes en train de voir maintenant. Le parti quel que soit ce qu’on lui reproche aujourd’hui doit quand même garder sa ligne de parti de classe, de parti mature, de parti qui veut vraiment changer les choses et conduire le Togo dans une nouvelle direction. Mais ce que nous sommes en train de voir, nous sommes un peu sidérés, parce qu’on ne s’attendait pas à ce que ce coup de force se fasse toujours. On insiste là-dessus. Lorsque tout le monde crie : aux urnes ! aux urnes ! Alors, il va falloir qu’on souffre que les urnes soient organisées d’une manière crédible et transparente. Sur ce point je peux également dire que les techniciens qui poussent le pouvoir à aller dans ce sens, doivent arrêter cette manœuvre puérile parce que cela fait que la CEDEAO risque de perdre confiance en ce   pouvoir en place et il y a des indices de fraudes déjà. Les gens seront en train  de soupçonner que les élections ne seront pas transparentes  et ça ne permettra pas la résolution  de la crise et en dernière position, on dira que  c’est une mauvaise publicité  pour  le parti lui-même et il va falloir que les choses  soient rapidement réglées.

La Panafricain : Alors dans ce contexte, qu’est ce qui devrait être fait ?

Johannes BAVON : Ce qui devrait être fait est très simple, la C14 a rendu sa liste comme l’a recommandé la CEDEAO. C’est bien fait. Selon leur propre organisation, ils se sont décidé à donner les noms de leurs représentants. La liste est là, les experts de la CEDEAO aussi. Les travaux doivent normalement commencer. Ce qui signifie qu’ils doivent savoir quoi faire, avec qui le faire et comme le faire. Je veux parler du chronogramme dont a parlé la CEDEAO.  C’est maintenant que le travail proprement dit doit commencer et c’est à partir de ce travail de cette nouvelle CENI en règle, à laquelle la CEDEAO a reconnu la compétence. C’est maintenant que cette CENI va élaborer la date du recensement etc.

La Panafricain : Y-a-il un moyen pour ramener de l’ordre dans ce processus ?

Johannes BAVON : Evidemment il y a un moyen. Il y a une solution à toute chose. Le pouvoir doit revenir sur ses pas dans cette tentative de recensement parce que cela ne lui fait pas une bonne publicité surtout et cela n’apaise pas les tensions dans le pays . La C14 ne doit pas aussi crier victoire en deuxième position. Parce qu’ici ne n’est pas une question de  victoire. Je le répète toujours  la victoire est une attaque contre l’autre. Le pouvoir doit rappeler cette CENI précédente qui est en train de faire  les travaux  à la va-vite. La troisième chose est que le pouvoir doit laisser la nouvelle CENI commencer les travaux et participer à ces travaux sans que la  CEDEAO   ne vienne leur donner d’injonction  parce que s’ils ne le font pas le G5, la CEDEAO  viendra leur dicter ce qu’il faut faire et cela ne respecte pas la souveraineté  du pays. Il va falloir qu’eux-mêmes prennent rapidement l’initiative et corriger là où les choses doivent l’être pour qu’elles aillent dans l’ordre rapidement.

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